Alors voilà une recette que c’est pas seulement du gâteau, mais un pan entier d’une culture millénaire, que vous allez goûter, grâce au mastic de Chios.Du mastic ?Comme pour les carreaux ?
Oui, bon, alors on va commencer par un peu de culture pour vous qui ne pensez qu’à manger. Ça ne vous fera pas de mal.
Tout d’abord, vous serez gentils de prononcer “kios”, comme dans “kiosque” et non pas chios comme dans les toilettes, merci.
Le mastic de Chios (en grec on dit mastiha, ne me demandez pas comment ça s’écrit en caractères grecs…) donc, c’est la résine d’un arbuste, le pistachier lentisque, qui est extraite sur l’île de Chios, dans la mer Égée et qui est à l’origine de la richesse de cette île grecque depuis l’antiquité. Car comme le dit un site pioché au hasard dans Gogol : « c’était un produit de luxe. A l’époque des sultanes les femmes le mâchaient pour aromatiser la bouche. » Et donc aujourd’hui, en plus d’aromatiser la bouche, on peut aussi aromatiser avec le mastic, plein de gâteaux grecs, des crèmes, des loukoums etc.Ça se présente comme ça :

Bon, évidemment la résine de lentisque n’étant produite que dans l’île de Chios, il est un peu difficile d’en trouver en France… J’ai acheté la mienne, en toute simplicité, dans un petit supermarché très sympa dans une île du Dodécanèse. Oui, je sais c’est snob. Mais si vous êtes trop pauvres pour aller faire vos courses en Grèce mais que vous êtes quand même suffisamment riches pour être parisiens, vous pouvez trouver ça à l’épicerie Izrael, rue François Miron dans le 4e. Je me demande lequel de ces deux lieux est le plus snob, d’ailleurs…
J’ai eu du mal à trouver des recettes en français. La mienne est donc une traduction, approximative parfois, d’un truc manifestement américain.
Or donc pour ce manger hautement culturel et international il vous faut :
- 250 g d’amandes blanchies
- 225 g de beurre
- 250 g de sucre
- 5 g de cristaux de mastic, écrasés avec une cuiller de sucre dans un mortier
- 4 œufs
- 150 g de farine
Procédez ensuite comme ça :
1. Mixer finement les amandes dans un robot électrique. (Oui, bon, en les prenant directement en poudre, ça évite la vaisselle inutile.)
2. Battre ensemble au mixer électrique (quels feignasses ces américains quand même ! À la main ça va aussi bien) le beurre, le sucre, le mastic, et les amandes jusqu’à une consistance fluffy (euh… pour fluffy dans mon dico je ne trouve que “pelucheux” ou “cotonneux”, ça colle pas, donc on en reste à fluffy qui est suffisamment imagé je trouve, pas vous ?) et blanche. Alors, là, oui, évidemment, en battant à la main c’est plus difficile d’arriver au fluffy et surtout au blanc, c’est vrai. Personnellement je n’y suis pas encore arrivé, j’ai trop peu de force dans mes poignets graciles…Mais j’arrive quand même à un résultat honorable après cuisson malgré tout. Bref… Ajouter les œufs un par un en battant après chacun d’œufs.

3. Ajouter la farine et mélanger avec une spatule. Couvrir de plastique alimentaire et réfrigérer 2 ou 3 heures.
4. Préchauffer le four à 170°C, ce qui nous fait 350° Farenheit me dit-on en VO. Je ne comprends rien à la conversion Celsius/Farenheit. Je suis sûr que ça explique une bonne part de la légère animosité qu’on devine parfois envers les américains de ce côté de l’Atlantique : Comment voulez-vous qu’on s’entende avec des gens chez qui l’eau gèle à 32° ? Bref… Mettre la pâte dans un moule à cake beurré ou revêtu de papier sulfurisé.Cuire 30 mn puis réduire la température à 160°C (je vous épargne les Farenheit) et continuer à cuire encore 30 mn ou jusqu’à ce qu’un couteau ressorte sec et propre.
Sortir du four. Laisser refroidir.
C’est prêt.


Ensuite, le jeu consiste à ne pas tout manger d’un coup, parce que c’est quand même un truc à niquer, comme on dit par ici. Le mastic vous a comme un goût qui rappellerait la sève de pin, mais pas exactement, avec un côté citronné mais pas tout à fait, enfin bref c’est indescriptible, il faut le goûter. Vraiment.Et pour finir, je vous rappelle que l’île de Chios, merci Wikipétruc, est connue pour être le lieu de naissance d’Homère (non, pas celui des Simpson, celui de l’Odyssée…), alors hein, quand même c’est pas un p’tit cake de pédale que vous allez manger là…
Bon appétit.
PS : Au mois de mai, si vous êtes sages, je vous apprendrais comment on prépare les chenilles à la béchamel dans les bouibouis de Brazzaville.